Lermontov

Tamara

 

Dans le défilé profond du Darial

Où hurle le Terek, dans l’obscurité

Se dressait une vieille tour

Noire sur le rocher noir.

 

Dans cette tour haute et exiguë

Vivait la tsarine Tamara

Belle, comme un ange céleste,

Comme un démon perfide et méchante.

 

Là, dans le brouillard de la nuit

Luisait une petite flamme d’or

Qui, se jetant aux yeux du voyageur

L’appelait vers un abri pour la nuit.

 

Et on entendait la voix de Tamara

Toute en plainte et passion

Riche de puissants sortilèges

Et d’un bien étrange pouvoir.

 

La voix d’une Péri invisible

Attirait guerrier, marchand, berger

Les portes s’ouvraient devant lui

Un sombre eunuque l’accueillait.

 

Sur une couche duveteuse

Ornée de brillants et de perles

[Tamara] attendait l’hôte. Devant elle

Pétillaient deux coupes de vin.

 

Les mains brûlantes s’entrelaçaient

Les bouches s’unissaient

Et des sons étranges et sauvages

Là-bas retentissaient toute la nuit.

 

Comme si, dans cette tour déserte

Cent jeunes hommes et femmes ardents

Etaient réunis une nuit pour une noce,

Pour un banquet de funérailles.

 

 

Mais dès que la lumière du matin

Lançait ses rayons par les montagnes,

Aussitôt régnaient à nouveau

Le silence et l’ombre.

 

Le Terek dans le défilé du Darial

En grondant troublait à peine la colline

Une vague courait après une autre

La bousculant, la chassant.

 

Elles emportaient le corps sans voix

Vite,

Et à la fenêtre, une lueur

Et un mot, là-bas : pardon.

 

Comme un tendre adieu

Si délicieusement résonnait cette voix

Comme si elle promettait les joies d’un rendez-vous

Et les caresses de l’amour.

 

 

traduction Claude Triboulet